Oui, le constat est d’autant plus sérieux que la représentation professionnelle n’est pas ici une construction purement volontaire. Et pour cause, la loi n°11-16 prévoit, dans son article 24, la constitution d’associations régionales auxquelles les agents de voyages sont tenus d’adhérer. L’article 25 prévoit ensuite leur regroupement au sein d’une fédération nationale, tandis que l’article 26 confie à cette dernière notamment la mission de représenter la profession auprès de l’administration et des organismes liés au tourisme.
Combien d’agences sont effectivement adhérentes ? Combien cotisent régulièrement ? Quelle proportion de la profession est réellement représentée dans chaque région ? Quel est le niveau de participation aux associations régionales ? Et, surtout, quelle capacité financière ces structures ont-elles pour défendre durablement leurs adhérents ?
La FNAAVM affirme avoir déjà alerté l’administration sur cette situation. Elle estime que les rappels adressés aux délégations régionales et aux professionnels n’ont malheureusement pas produit les effets attendus. C’est automatique, une fédération professionnelle ne peut durablement faire reposer sa légitimité sur la seule reconnaissance administrative de son rôle. Elle doit aussi pouvoir démontrer sa représentativité par des données vérifiables. Jusqu’à quand le secteur des agences de voyages va continuer à être le maillon de la chaîne, à être ignoré et si malmené ?
Le dossier Haj donne à cette fragilité une dimension particulièrement carrée. La FNAAVM fait état de critiques de certaines agences et associations régionales concernant la répartition de l’activité et évoque la demande d’un retour à un système de quotas. Mohamed Semlali rappelle, pour sa part, que le plafond de 96 pèlerins par agence figurant dans une première version de la charte du label n’aurait jamais été imposé par l’administration de tutelle.
Pour 2027, le Département du Tourisme a lancé dès le 7 avril un appel à manifestation d’intérêt destiné à la première labellisation, au renouvellement des labels arrivés à expiration et à la mise à jour des dossiers des agences déjà labellisées. Le 22 juillet, le ministère a ensuite publié une liste actualisée des agences labellisées et autorisées à commercialiser les produits Haj 2027, en précisant que cette liste serait régulièrement mise à jour.
Le système est donc déjà engagé. Mais quel mécanisme garantit la transparence, l’équité et la lisibilité de l’accès à l’activité Haj ? Sur quels critères une agence marocaine commercialisant le Haj doit-elle être sélectionnée ? Comment évaluer son expérience ? Quelle place donner à la qualité de l’encadrement, au respect des engagements vis-à-vis des pèlerins, à la solidité financière ou aux antécédents professionnels ? Et quelles données devraient être publiées pour que les opérateurs puissent comprendre les décisions prises ?
Ce sont des questions qui reviennent sans cesse et autrement plus abouties qu’une simple opposition entre quotas et pas de quotas.
La FNAAVM dispose pourtant d’un autre terrain pour démontrer son utilité. En avril 2026, elle a signé avec la CNDP, la CNT, la FNIH, la FNRT et la FNTT une convention d’adhésion au programme Data-Tika consacré à la conformité du secteur touristique à la réglementation sur la protection des données personnelles. Il est clair que ce type d’initiative montre que la Fédération peut intervenir sur des sujets qui dépassent les seules revendications catégorielles.
Mais le même raisonnement vaut pour sa gouvernance interne, plus les sujets traités deviennent techniques, réglementaires et stratégiques, plus la Fédération doit disposer d’une base représentative régionale forte et incontestable.
Justement, la réunion du 11 septembre fournit à cet égard un signal qui ne doit pas être minimisé. Plusieurs associations régionales importantes n’ont finalement pas participé à la rencontre malgré leur confirmation initiale, tandis que Tanger-Tétouan-Al Hoceima n’avait, selon le compte rendu de la Fédération, ni confirmé sa présence ni signalé sa participation. Or. Mais à quelques mois d’une échéance statutaire, cette participation incomplète souligne une difficulté que la FNAAVM elle-même place désormais au centre du débat.
La prochaine échéance fédérale pourrait donc être l’occasion de dépasser les traditionnelles querelles de personnes et de mandats. Ce qu’il faudrait, surtout, c’est un état précis de la représentativité région par région, une situation financière transparente des structures professionnelles et un programme de travail sur-mesure pour les agences. Le Haj en ferait naturellement partie, mais pas exclusivement.
« La réglementation du métier, la digitalisation, la protection des données, la concurrence des nouveaux acteurs, la transformation de la distribution touristique et les relations avec l’administration constituent déjà des dossiers suffisamment lourds pour justifier une représentation professionnelle dotée d’une véritable capacité d’expertise, explique le Président Semlali.
Qui dirigera la la FNAAVM demain ? Plutôt, combien d’agences seront derrière elle, avec quel mandat, quelles ressources et quelles propositions ?
C’est sur ces éléments concrets, davantage que sur les déclarations de principe ou les équilibres internes, que se jugera la solidité de la viabilité de la représentation des agences de voyages au Maroc.