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Plage d’Agadir : une érosion de sable sans précédent


Rédigé le Mercredi 1 Avril 2026 à 11:27 | Lu 35 commentaire(s)

L’hiver 2026 marque un record d’érosion pour la baie d’Agadir, avec un recul sédimentaire sans précédent depuis plus de quarante ans. Face à la fragilisation du trait de côte et à la mise à nu des infrastructures de solidité de la corniche, les opérations annuelles de rechargement en sable s’apparentent désormais à un défi titanesque. Le déséquilibre sédimentaire actuel, accentué par les fortes houles, impose désormais une mobilisation technique d’urgence pour restaurer le littoral avant la saison estivale.


Plage d’Agadir : une érosion de sable sans précédent

Avec une soixantaine de bulletins d’alerte émis, l’hiver 2026 s’inscrit comme l’une des saisons les plus éprouvantes pour le littoral atlantique marocain depuis 1981. En quarante-cinq ans, rarement la côte n’avait connu des conditions météo-marines aussi érosives.

La baie d’Agadir, particulièrement vulnérable en raison de sa configuration, n’a pas été épargnée. Les assauts répétés des houles ont laissé une empreinte profonde sur le trait de côte de cette destination touristique majeure, déformant son profil et dégradant l’état sédimentaire de la plage sur l’ensemble de son linéaire. Ce qui interpelle cette année, c’est l’intensité inédite de ces épisodes, dépassant largement les records de 2019.

Sur le terrain, le constat est sans appel : le littoral sableux apparaît affaibli, incapable de résister à la succession de fortes houles et de marées hautes. Ces «coups de mer» ont emporté une part importante des apports sédimentaires. Résultat, sur une large portion de la côte – particulièrement dans sa partie sud toujours la plus touchée -, la plage se présente désormais totalement aplatie ou érodée, signe d’une fragilité inquiétante avant l’arrivée des vents soutenus d’avril et mai.

Une plage dépouillée de son sable
Actuellement, les stigmates de l’érosion sont omniprésents. Certains secteurs, notamment au sud, sont devenus complètement caillouteux. Dans la zone médiane, le recul est sans précédent : l’abaissement du niveau de sable dépasse par endroits les deux mètres, mettant à nu les fondations en gros béton qui protègent la corniche (finalisée en 2010). En attendant un éventuel rechargement naturel, les stocks de sable disponibles semblent insuffisants pour remodeler la plage si les tempêtes devaient persister. Chaque année, l’entretien de la plage d’Agadir s’apparente à un combat de Sisyphe.

À l’issue de cette période agitée, les engins de la commune urbaine d’Agadir devront s’engager dans une véritable course contre la montre pour offrir une «cure de jouvence» au site, fréquenté quotidiennement par des milliers de résidents et de touristes. Bien que la municipalité procède chaque année à un remodelage mécanique massif à l’approche de la saison estivale, aucun observatoire pérenne n’a encore été mis en place pour quantifier scientifiquement l’ampleur de ces phénomènes cycliques. De leur côté, les hôteliers concessionnaires s’apprêtent, comme à l’accoutumée, à remettre en état leurs espaces privés après cette intervention publique.

Chaque année, la plage s’offre un lifting
Face à cette fatalité, la stratégie repose depuis des années sur l’adaptation par le redéploiement du sable. Toutefois, cette année, le déséquilibre sédimentaire est tel qu’il nécessitera des moyens accrus pour corriger le profil de la plage sans perturber les processus naturels. Il semble que, depuis l’aménagement de la corniche, les programmes successifs n’aient pas suffisamment intégré le risque d’érosion.

Pourtant, selon le volet adaptation du Plan territorial de lutte contre le réchauffement climatique (PTRC) de la région Souss-Massa, le degré d’exposition de la bande littorale d’Agadir aux événements extrêmes est qualifié d’«élevé», alors qu’aujourd’hui il est difficile de quantifier l’impact des changements climatiques (CC) sur la baie d’Agadir vu l’intensité de ces phénomènes, le degré d’exposition de la bande littorale et leur impact sur le long terme.

les autres sources de dégradation
Outre l’érosion linéaire, la plage d’Agadir subit d’autres pressions environnementales. Lors des périodes de vents forts, le transport éolien provoque un ensablement gênant de la corniche : passages bloqués, invasion des espaces verts et canalisations bouchées sont régulièrement signalés. À cela s’ajoute la problématique récurrente de la pollution. Cinq cours d’eau traversent la plage : les oueds Souss, Lahouar, Tennaout, Tildi et Lghazoua. S’ils sont à sec la majeure partie de l’année, ils charrient, lors des fortes précipitations, des quantités massives de déchets et de sédiments pollués. Ces crues provoquent souvent de véritables désastres écologiques dans la baie.

Enfin, la zone touristique reste sous la menace de dysfonctionnements des stations de refoulement et de relevage, ou de déversements accidentels dans le réseau pluvial, comme cela a encore été constaté la semaine dernière dans la partie sud de la plage.

Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO











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